Actualités 2011

Florissante industrie de l’agriculture biologique
Une Internationale
Source : http://www.monde-diplomatique.fr/2011/02/BAQUE/20130

Plus de trente millions d’hectares étaient cultivés de façon biologique en 2007, à l’échelle de la planète. L’agriculture bio intensive se généralise, en proie à la même surenchère que l’agriculture productiviste dénoncée par les fondateurs de la bio. Les multinationales de l’agroalimentaire et les grands propriétaires terriens développent avec profit les monocultures d’exportation. Les paysans pauvres d’Asie, d’Amérique latine ou d’Afrique sont aussi mis à contribution. Soumis à de puissantes sociétés commerciales, ils sont appelés à produire des aliments bio pour les populations les plus aisées des pays industrialisés.

En Amérique latine et dans les pays de l’Est européen, des exploitations de milliers d’hectares de terres parmi les plus riches produisent des céréales ou du soja bio. En Palestine, une partie des terres de la vallée du Jourdain, occupée par des colons israéliens, est vouée à la production de fruits et légumes bio (1). Au Brésil, vingt mille hectares de canne à sucre bio appartiennent à un seul propriétaire. En Turquie, des milliers de petits paysans exportent toute leur production de raisins, de figues, d’abricots... Des haricots arrivent du Kenya, des pommes de terre d’Egypte... Tous ces produits exportés portent les sigles d’organismes privés de certification qui leur ouvrent les marchés, sans être exigeants sur le respect de la biodiversité, de l’environnement, du droit à la terre, de la souveraineté alimentaire...

L’huile de palme produite par le groupe colombien Daabon, qu’on retrouve en Europe dans la composition d’une majorité de produits bio transformés, est devenue le symbole des nouveaux enjeux du marché. Daabon possède des milliers d’hectares de palmiers, cacaoyers, bananiers et caféiers bio dont il exporte les productions vers l’Europe et les Etats-Unis. Par le biais d’un réseau complexe de filiales, le groupe contrôle la plus grande fabrique de biodiesel du pays, et possède un port de plaisance de luxe...

Le journaliste colombien Alfredo Molano Bravo estime le chiffre d’affaires annuel de Daabon à 120 millions de dollars (2). La famille Davila, propriétaire du groupe, est très liée à l’ex-président Alvaro Uribe. Au cours de ses deux mandats, l’armée a commis des milliers d’assassinats et pratiqué, avec l’aide de paramilitaires, des déplacements massifs de populations paysannes pour que les puissants propriétaires terriens puissent planter, entre autres, des palmiers à huile. Ecrivain et professeur d’agronomie à l’université nationale de Colombie, Mario Mejia Gutiérerez est formel : « En Colombie, la conversion massive de centaines de milliers d’hectares en plantations bio ou “durable” de palmiers à huile est un projet totalement lié aux paramilitaires. »

Et pourtant, en France, l’huile de palme est toujours certifiée « bio » par l’organisme de certification Ecocert et la direction de Biocoop continue à apporter son soutien au groupe colombien. En juillet 2010, la direction du réseau de distribution historique de la bio s’adressait ainsi à ses sociétaires : « Le contexte politique colombien, les coutumes du pays (...) expliqueront la complexité de la situation et les enjeux qu’une médiatisation “occidentale” orchestrée pourrait soutenir (3). »

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